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Les dirigeants de la SNCF dénoncent le "sous-investissement chronique" du réseau classique "depuis 30 ans"

Auditionnés mercredi par les députés, les dirigeants de la SNCF ont justifié les incidents à répétition dans le trafic par l’absence d’investissements à la hauteur des enjeux. Systèmes obsolètes, signalisations détériorées : pour tenter de rattraper son retard, la SNCF réclame une aide accrue de l’État, à l’aube de l’ouverture de la concurrence sur le ferroviaire.

Quel avenir pour la SNCF ? Endettée, touchée par une série de couacs dans les gares, la compagnie est sous pression. La ministre de tutelle Elisabeth Borne lui a récemment demandé de "mieux maîtriser" ses travaux mais aussi d'offrir une "meilleure information aux voyageurs".

Guillaume Pepy, le président du directoire de la SNCF, et Patrick Jeantet, le président de SNCF réseau, étaient auditionnés mercredi par la commission du développement durable. L'occasion pour eux d'évoquer devant les députés ces dossiers brûlants et, surtout, de faire un point sur le renouvellement du réseau.

30 ans de travaux

Si les lignes à grande vitesse sont de "qualité tout à fait satisfaisantes", le "réseau historique" a "connu un sous-investissement chronique" depuis "une trentaine d'années", affirme Patrick Jeantet :

On investissait dans les années 2000 à peu près 500 millions à 600-700 millions par an. Nos voisins allemands ou britanniques investissaient 3 à 4 milliards par an.Patrick Jeantet

"La priorité aujourd'hui pour SNCF réseau, c'est évidemment de rattraper ce retard", a annoncé Patrick Jeantet, qui explique que l'effort a été porté l'an dernier à 2,7 milliards d'euros.

Sur "la partie du réseau le plus circulé", précise le patron de SNCF réseau, il faudra, à raison de "1.000-1.100 kilomètres par an", "plus de 30 ans" pour renouveler l'ensemble des voies... Or, l'entretien de celles-ci a un impact direct sur le trafic et sur sa ponctualité : pour des raisons de sécurité, les trains circulent à vitesse réduite sur certains tronçons :

Ces limitations de vitesse ont augmenté substantiellement ces dernières années, puisqu'on est à peu près à 5.000 kilomètres de lignes sur 30.000 kilomètres.Patrick Jeantet

Ce problème s'ajoute à un autre : "la signalisation et la caténaire", "dont dépendent (aussi) la qualité de service", "continuent de se détériorer", remarque Patrick Jeantet, qui souligne la nécessité de financer leur renouvellement. Si bien qu'en conséquence, "la rénovation de la voie" pourrait en pâtir : "C'est la raison pour laquelle j'ai demandé au gouvernement à ce qu'on réaugmente de 3 à 3,5 milliards les investissements annuels."

Pannes : des systèmes "pas au niveau du volume du trafic"

Interrogés par le député socialiste Christophe Bouillon, les patrons de la SNCF se sont expliqués sur les récentes pannes qui ont touché plusieurs grandes gares. Guillaume Pepy a affirmé avoir fait de ce problème "la priorité absolue de l'entreprise sur plusieurs années".

Patrick Jeantet a quant à lui assuré que les "systèmes", notamment électriques, installés dans les gares parisiennes, sont devenus sous-dimensionnés. "Ils ne sont pas du tout au niveau du volume du trafic", a-t-il précisé, avant d'expliquer les raisons de la panne géante qui a paralysé la gare Saint-Lazare en décembre 2017 :

Vous avez un poste d'alimentation qui est unique pour le poste de télécommande d'aiguillage mais aussi pour le centre de maintenance des trains. Ce qu'il s'est sans doute passé, c'est qu'il y a eu un court-circuit sur une des machines, une machine à laver du centre de maintenance, qui a fait sauter le poste d'alimentation.Patrick Jeantet

Interpellé par ailleurs sur le niveau de sécurité des passages à niveau, un mois après l'accident de bus survenu dans les Pyrénées-Atlantiques, le patron de SNCF réseau a assuré que "98% des accidents de passage à niveau sont (dus) à des infractions au code de la route".

Concurrence et compétitivité

Guillaume Pepy a tenté par ailleurs de rassurer les députés sur la question de l'ouverture à la concurrence, prévue en 2019 pour les TGV et en 2023 au plus tard pour les trains régionaux et intercités. Le patron de la SNCF a ainsi affirmé que la ministre chargée des Transports Elisabeth Borne avait d'ores et déjà "démenti les rumeurs sur la fermeture massive de dessertes TGV".

Le président de la SNCF a toutefois demandé aux députés, si le Parlement décidait de cette ouverture à la concurrence, de "traiter en même temps la compétitivité de la SNCF" par l'adoption de "règles du jeu équitables pour les nouveaux entrants et pour l'entreprise historique".

Une allusion presque transparente aux spéculations sur la disparition du statut de cheminot. Un changement majeur qui constitue une "ligne rouge" pour les syndicats, selon Le Monde, mais auquel la direction de la SNCF ne serait pas opposée...

Pass Navigo : hausse du nombre de voyageurs grâce au prix unique

Guillaume Pepy s'est également félicité de la hausse du nombre de voyageurs sur l'année 2017, "année de rebond pour le ferroviaire en France" : + 10% sur les lignes à grande vitesse, + 4,6% sur les TER et + 3,2% en Ile-de-France "grâce notamment au Pass navigo à tarif unique". Le président du directoire a également mis en avant son offre à bas prix Ouigo, un "levier de conquête" qui "devrait représenter 25% du trafic en 2020".

Les échanges, qui ont duré plus de deux heures, ont été dans l'ensemble cordiaux, malgré les accusations virulentes du député La France insoumise Loïc Prud'homme, qui a qualifié Guillaume Pepy de "fossoyeur de la SNCF". L'élu de Gironde a également critiqué les dépenses de communication de l'opérateur français, obligeant Guillaume Pepy à se livrer à un ironique "fact-checking".